Cardiologie

Le risque cardiovasculaire nettement accru après un choc émotionnel ou physique

Par le Dr Jean-Pierre Usdin, pour Medscape

Stockholm, Suède —Les personnes ayant subi un choc émotionnel ou physique ont un risque accru de développer une maladie cardiovasculaire, en particulier dans l’année qui suit le choc, selon une large étude contrôlée, portant sur des données d’un suivi de près de 30 ans. Les moins de 50 ans semblent davantage concernés.

L’étude, dont les résultats ont été publiés dans le BMJ, montre que ce risque est similaire entre les hommes et les femmes et qu’il ne dépend pas des caractéristiques familiales, des antécédents de troubles psychiatriques ou des comorbidités associées.

De précédentes études ont déjà mis en évidence un sur-risque cardiovasculaire après un événement générant un stress important. Cependant, elles concernent, pour la plupart, des militaires en exercice ou des anciens combattants, en majorité des hommes, et se limitent au stress post-traumatique et à son impact sur quelques affections cardiaques, indiquent les auteurs.

L’originalité de cette nouvelle étude, menée par Huan Song(University of Iceland, Reykjavík, Iceland, Karolinska Institute, Stockholm, Suède) et ses collègues est de comparer des sujets (hommes et femmes) victimes d’un stress majeur à leur fratrie non affectée, ainsi qu’à de nombreux cas-témoins issus de la population générale.

La comparaison avec les frères et soeurs des victimes représente le point fort de ces travaux.

 

Comparaison entre frères et soeurs

Comme le précise le Dr Simon Bacon(Department of Health, Concordia University, Montreal, Canada) dans un éditorial accompagnant l’étude, la comparaison avec les frères et soeurs des victimes représente le point fort de ces travaux. « On peut ainsi émettre des hypothèses plus crédibles en tenant compte des similitudes liées à l’environnement, au style de vie ou au comportement. »

A partir du registre national Swedish National Patient Register, les chercheurs ont repris les données de 136 637 patients pris en charge entre 1987 et 2013 pour une affection psychiatrique liée à un choc émotionnel ou physique (stress post-traumatique, trouble de l’adaptation ou autre trouble lié au stress).

Pour rappel, les troubles associés à un traumatisme ou au stress regroupent plusieurs affections psychiatriques provoquées par un événement antérieur anxiogène. Le syndrome de stress post-traumatique est plus précisément lié à un événement menaçant l’intégrité physique. Le syndrome d’adaptation est associé à une détresse physique ou psychologique induite par un changement majeur dans la vie quotidienne.

Pour constituer les groupes contrôles, ils ont inclus 171 314 sujets issus de la fratrie des victimes, non affectés par l’événement à l’origine du choc, ainsi que plus d’1,3 million d’individus représentatifs de la population générale. Le critère principal est la survenue d’événement cardiovasculaire au sens large (cardiopathie ischémique, accident vasculaire cérébral, embolie/thrombose artérielle, hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, troubles du rythme, décès cardiovasculaire…).

Cette étude…montre clairement une association entre les troubles psychiatriques liés au stress et le risque accru de développer une affection cardiovasculaire.

Les résultats montrent que les individus ayant subi un choc sont plus nombreux à développer une maladie CV au cours du suivi. L’incidence est ainsi de 10,5 événements CV pour 1 000 personnes-années, contre 8,4 et 6,9 événements CV pour 1 000 personnes-années, dans les groupes contrôles « fratrie » et « population non exposée ».

 

Comparativement à leurs frères et soeurs, les individus victimes d’un choc ont un risque d’avoir une maladie CV augmenté de 64% (HR=1,64, IC à 95% : [1,45-1,84]). Le risque de développer une insuffisance cardiaque dans l’année qui suit est particulièrement élevé puisqu’il est multiplié quasiment par sept (HR=6,95, IC à 95% : [1,88-25.68]).

Globalement, les patients âgés de moins de 50 ans lorsqu’ils ont subi le traumatisme ont davantage de risque d’avoir une affection cardiovasculaire dans l’année (HR=1,40, IC à 95%, [1,32-1,49]), que ceux qui étaient âgés de 50 ans ou plus (HR=1,24, IC à 95% , [1,18-1,30]) .

Après la première année, le risque général s’atténue (HR=1,29, IC à 95%, [1,24-1,34]). Il varie, selon le type de maladie cardiovasculaire, entre une hausse du risque de 12% et de près de 200%, respectivement pour les troubles du rythme et les maladies thrombotiques/emboliques.

 

Une causalité inverse?

De son côté, l’éditorialiste se montre plus prudent dans l’interprétation et s’interroge à l’inverse sur un possible impact d’une maladie cardio-vasculaire sur la survenue ou l’amplification d’un trouble lié au stress.

Dans le cas de l’insuffisance cardiaque, qui a été le plus fréquemment observé après l’apparition d’un trouble lié au stress, il rappelle qu’il s’agit d’une maladie d’évolution lente. « Par conséquent, une causalité inverse ne peut pas être totalement exclue. D’autres études explorant ce lien bidirectionnel sont nécessaires », estime-t-il.

 

Selon les chercheurs, « ces résultats invitent les cliniciens à être plus vigilants et, lorsque le trouble lié au stress est diagnostiqué, à améliorer le suivi et favoriser une prise en charge précoce des patients ».

 

Pour le cardiologue, cela implique de se familiariser avec des troubles psychiatriques, au sein d’une sémiologie opaque pour qui ne la pratique pas quotidiennement et de trouver le temps d’analyser, au milieu de manifestations fonctionnelles, ce qui correspond à un traumatisme lié au stress.

 

 

 

 

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