Anaphylaxie

Utilisation de l’adrénaline chez l’enfant en situation d’anaphylaxie : peut mieux faire

Par Isabelle Catala, pour Medscape.

Lors 14ème congrès francophone d’Allergologie qui s’est déroulé à Paris mi-avril, plusieurs présentations ont montré que l’adrénaline reste sous-utilisée en situation d’anaphylaxie y compris par les médecins. Pourtant, le pronostic de cette hypersensibilité immédiate, la plus grave qui soit, est souvent fonction de la rapidité de la mise en route du traitement.

 

L’adrénaline sous utilisée chez les enfants

Une étude menée les 18 services d’urgences pédiatriques dans le Nord Pas de Calais entre 2015 et 2017 conclut que les enfants pris en charge pour une anaphylaxie ne bénéficient pas de façon systématique du traitement optimal par adrénaline.

En effet, dans ce travail présenté par le Dr Guillaume Pouessel (CHU de Roubaix, service de pédiatrie. Unité de pneumologie et allergologie pédiatriques, hôpital Jeanne-de-Flandre, Lille), seuls 42 % des 149 patients (âge moyen 7,4 ans, 58 % de garçons) ont bénéficié d’une injection IM d’adrénaline. C’est en pré-hospitalier que les chiffres sont les plus mauvais puisque seuls 9 % des enfants étaient traités, contre 55 % aux urgences.

Les 149 jeunes patients de moins de 18 ans (âge moyen 7,4 ans) étaient connus comme allergiques dans 51 % des cas ou comme asthmatiques (39 %). Seuls 11 % avaient déjà connu une anaphylaxie.

L’analyse des causes de la réaction allergique a été possible grâce au questionnaire standardisé rempli par les urgentistes. Si 15 % des allergies ont été considérées comme idiopathiques, 73 % étaient liées à des aliments : arachides 21 %, fruits à coque 23 %. Douze des enfants (8 %) ont présenté une anaphylaxie au cours d’une induction de tolérance orale.

 

Résolution spontanée dans 30 % des cas

« L’analyse des dossiers a aussi permis de constater que dans un tiers des cas, les signes cliniques d’anaphylaxie étaient spontanément résolutifs soit avant l’arrivée aux urgences soit en cours de surveillance », continue le Dr Pouessel.

« Seules 59 % des familles ont appelé les secours, et une médicalisation n’a été assurée que dans 26 % des cas par choix des centres 15 », analyse le Dr Pouessel. « Le taux global d’utilisation de l’adrénaline s’est établi à 48 % : 11 % par l’entourage, 7 % en pré-hospitalier, 34 % aux urgences ».  Il semblerait que ce soit chez les enfants les plus âgés que l’adrénaline est plus souvent utilisée alors que chez les plus jeunes la gravité potentielle est moins souvent prise en compte par les soignants et par les familles.

Une prescription adaptée à la gravité estimée

Un travail mené aux urgences de Marseille et présenté à ce même congrès permet de mieux comprendre les déterminants visant à favoriser l’utilisation de l’adrénaline devant une anaphylaxie aux urgences pédiatriques. Sur les 204 enfants retenus (admis entre 2010 et 2015), 83 % étaient considérés comme de grade clinique II et 16,7 % grade III. L’adrénaline a été, dans cette population, administrée à 32,7 % des enfants, dont 11,4 % en pré-hospitalier et 22,2 % aux urgences. « Les pédiatres ont eu tendance à administrer plus facilement le traitement chez les enfants considérés comme grade III (84,8 % contre 22,3 %). Il s’agit d’une adaptation intuitive des prescriptions à la gravité, ce qui contribue à une sous utilisation de l’adrénaline », explique le Dr Jean-Christophe Dubus (Marseille).

Le recours à l’adrénaline est-il plus systématique chez les adultes ?

 

Pas si l’on se fonde sur l’étude menée aux urgences adultes et enfants des hôpitaux de Nice et qui a, elle aussi, été présentée au congrès francophone d’allergologie.

Dans ces hôpitaux, sur les 7 dernières années, 460 anaphylaxies ont été prises en charge avec une moyenne de 26 cas par an en pédiatrie et 45 cas par an chez les adultes (principalement médicamenteuses). « Malgré un tableau clinique plus sévère qu’en pédiatrie, seuls 45 % des adultes  ont été traités par adrénaline. La tryptase reverse n’a été dosée que chez 20 % des patients (tous âges confondus). Le délai de surveillance de 6 heures n’a pas été systématiquement respecté chez les adultes, enfin, moins d’un quart des patients adultes bénéficiaient  d’une consultation post-urgences en allergologie afin de pratiquer un bilan dans les suites de l’anaphylaxie ».

 

Pas d’hésitation

 

Pour rappel, l’adrénaline est le seul traitement du choc anaphylactique et elle doit être utilisée sans hésitation dès le grade 2 de l’échelle de symptômes de Ring et Messmer en raison du pronostic vital engagé.

Dans un blog posté sur Medscape édition française , le Dr Dominique Savary (anesthésiste-réanimateur au centre hospitalier Annecy Genevois) a rappelé que l’adrénaline doit « être administrée précocement et par voie intramusculaire » et qu’il n’y a pas de contre-indication absolue à l’adrénaline en cas d’anaphylaxie […] chez le sujet âgé, mais aussi pendant la grossesse et en cas de comorbidités ». Suite à l’étude réalisée dans le Pas-de Calais, il semble important de préciser qu’il n’y pas contre-indication, non plus, chez l’enfant.

Les injections d’adrénaline sont uniquement déconseillées chez le patient cardiaque ou en présence de certains antidépresseurs et des précautions sont nécessaires chez le patient diabétique, hyperthyroïdien ou atteint d’athérosclérose mais ces situations sont rares chez l’enfant.

 

 

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