CARDIOLOGIE

Mise au point sur l’endocardite infectieuse avec Gilbert Habib à l’ESC 2018

Pr Gilbert Habib. Pour Medscape.

Enregistré le 28 août 2018, à Munich, Allemagne

Trois ans après la publication des recommandations européennes sur la prise en charge de l’endocardite infectieuse, Gilbert Habib (La Timone, Marseille) fait le point sur le suivi, le diagnostic et les études à venir.

TRANSCRIPTION

Bonjour, je suis Gilbert Habib, cardiologue spécialisé dans les valvulopathies et l’endocardite infectieuse et je travaille à l’hôpital de la Timone à Marseille. Je vais vous faire un résumé de la session que j’ai présentée, consacrée à « l’état de l’art » sur l’endocardite infectieuse. Cela nous a permis de revenir sur les recommandations 2015 sur l’endocardite infectieuse, dont on a eu la chance d’être les chairs et de rappeler les points importants qui viennent dans notre pratique à la suite de ces recommandations.

 

Une équipe multidisciplinaire dédiée à l’endocardite infectieuse

Le premier point nouveau sur lequel on a insisté était celui de la « endocarditis team », c’est-à-dire l’équipe endocardite, qui est un concept nouveau, qu’on connaissait un peu dans les valves (la heart team). On a transposé cela dans l’endocardite infectieuse. Qu’est-ce que la endocarditis team ? Ce sont des médecins, mais pas seulement des cardiologues : il y a des infectiologues, des chirurgiens cardiaques, des spécialistes de médecine nucléaire et divers spécialistes, selon la pathologie à laquelle on a affaire, qui se réunissent pour être autour du patient. C’est le patient qui est au centre et on décide de la meilleure thérapeutique pour lui. C’est vraiment une attitude multidisciplinaire qui a bouleversé les choses et qui a fait la preuve de son intérêt pour améliorer le pronostic. Ce qui est intéressant, c’est de voir que cela n’existait pas vraiment jusqu’alors et que maintenant la plupart des centres en France et même en Europe et aux États-Unis, commencent à fonctionner comme ça.

Utilisation du PET scan dans le processus diagnostique

Le deuxième point, c’est le diagnostic. Là aussi c’est la grande révolution. Il est intéressant de voir ce que deviennent les recommandations après quelque temps de pratique. Eh bien, la deuxième révolution c’était, entre guillemets, le PET scan, c’est-à-dire l’imagerie multimodalité, plus exactement. On avait introduit cela dans les guidelines en 2015 et, là aussi, on s’aperçoit que petit à petit cela rentre dans la pratique. C’est un petit peu plus long, plus difficile, parce que le PET scan n’est pas toujours utilisé facilement, n’est pas disponible dans tous les pays, mais on va voir. Je vous parlerai dans un instant d’un registre qui va nous montrer, sans doute, dans les mois qui viennent dans quelle direction on va de ce côté-là. Quoi qu’il en soit, le PET scan est une nouvelle technique diagnostique qui n’est pas concurrentielle de l’échographie, qui reste la technique de référence, mais qui, avec le scanner conventionnel, rajoute une valeur supplémentaire diagnostique. On a proposé dans les recommandations européennes des nouveaux critères diagnostiques de l’endocardite infectieuse tenant compte non seulement de l’échographie, mais également du PET scan et du scanner

Prévention des embolies avec aspirine et statines ?

Le dernier point, c’est le traitement. Là, je dirais qu’il n’y a pas d’énormes nouveautés, mais on garde en tête, et cela a été bien souligné dans les recommandations européennes et américaines qui ont été publiées à peu près même temps, les trois grandes indications chirurgicales dans l’endocardite infectieuse, qui sont :

  • Les indications hémodynamiques, c’est-à-dire l’insuffisance cardiaque – et on garde bien en mémoire le fait que chaque fois qu’un patient qui a une endocardite infectieuse présente des signes d’insuffisance cardiaque, c’est une indication chirurgicale, sauf contre-indication.
  • la deuxième indication, ce sont les abcès périvalvulaires
  • et la troisième, ce sont lesaccidents emboliquesou, plus exactement, la prévention des embolies. De ce côté-là, nous avons présenté pendant ce congrès une étude [1] que nous avons faite avec un de nos collaborateurs qui s’appelle Jason Veyrier et qui a montré que l’aspirine, mais pas que l’aspirine, également les statines, peuvent prévenir le risque embolique dans l’endocardite infectieuse ; une étude sur plus de 500 patients … qui montre que quand on regarde le traitement qu’avaient les patients quand ils sont rentrés dans service, ceux qui étaient sous aspirine faisaient moins d’événements emboliques que ceux qui n’y étaient pas et qui avaient une endocardite bien sûr. Ceux qui étaient sous statines faisaient également moins d’accidents emboliques que ceux qui ne prenaient pas de statines et, semble-t-il, la combinaison des deux – ceux qui étaient à la fois sous aspirine et sous statines pour une autre raison bien entendu, lorsqu’ils sont rentrés dans service, ces patients faisaient beaucoup moins d’embolies. Cela mérite d’être maintenant confirmé dans des études prospectives, mais c’est une piste intéressante.

 

 

 

 

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