Antibiotiques: Effets secondaires

Quinolones et fluoroquinolones : des effets indésirables sévères encore trop souvent méconnus

Aude Lecrubier, pour MEDSCAPE

Alors que la FDA vient d’ajouter des avertissements de sécurité supplémentaires sur la notice des fluoroquinolones (voir encadré), l’agence européenne du médicament (EMA) a tenu, le 13 juin dernier à Londres, une audition publique sur les risques liés au quinolones et fluoroquinolones. Il s’agit de la deuxième de son Histoire après celle sur les risques associés à l’exposition in utéro à  l’antiépileptique valproate (Dépakine® et Gé.) en septembre 2017.

L’objectif de cette deuxième audition est de faire adopter des mesures préventives par la Commission Européenne visant à :

mieux informer les médecins et les patientsde la toxicité qui peut être associée à l’utilisation de cette classe d’antibiotiques  ;

limiter son usage pour réduire la survenue des effets indésirables graves.

Pour rappel, les quinolones et les fluoroquinolones sont des antibiotiques de synthèse disponibles en Europe depuis 1962. A ce jour, elles sont utilisées dans plus de 120 indications dans l’Union Européenne (infections urinaires, respiratoires, génitales, gastro-intestinales, cutanées, osseuses et articulaires).

 

Les produits autorisés dans l’UE contiennent les substances actives suivantes :

– quinolones : acide nalidixique, acide pipemidique, cinoxacine ;

– fluoroquinolones : enoxacine, pefloxacine, loméfloxacine, ciprofloxacine, lévofloxacine, ofloxacine, moxifloxacine, norfloxacine, prulifloxacine, rufloxacine, fluméquine.

En 2017, l’EMA a lancé une enquête pharmacovigilance pour évaluer la persistance dans le temps des effets secondaires sévères connus de ces antibiotiques (affectant principalement les muscles, les tendons, les articulations et le système nerveux, et pour apprécier le niveau de handicap associé.

Des symptômes variés, sévères et méconnus des médecins

Le 13 juin, lors de l’audition publique, 69 participants se sont exprimés, 40 patients et associations de patients, 14 professionnels de santé, 13 représentants de l’industrie pharmaceutique et des membres des médias.

Plusieurs témoignages poignants se sont succédés dont celui de Bettan Arguinzoniz, un pharmacien, père de famille basque qui a développé des effets secondaires sévères après avoir consommé seulement 7 comprimés de ciprofloxacine 500 mg (2cp/j) pour une suspicion de prostatite.

Dans les mois qui ont suivi le traitement, le patient a fait l’expérience de multiples EI sévères dont il n’est toujours pas débarrassé pour la plupart deux ans après : brouillard du cerveau « brain fog », pression intracrânienne, maux de têtes sévères, dépersonnalisation, pertes de mémoire, palpitations, arythmies, problèmes digestifs, maux de gorge, ganglions enflés, problèmes de vision, douleurs oculaires, corps flottants devant les yeux, légère fièvre et syndrome pseudo-grippal chroniques, fatigue extrême, douleurs articulaires et ligamenteuses, difficultés à la marche, éruptions cutanées, contractions musculaires.

« J’ai perdu la capacité de fonctionner normalement. Je vis comme avec une gueule de bois sans fin », a-t-il expliqué.

Mr Arguinzoniz a précisé qu’il avait vu 10 médecins dont aucun n’avait la moindre idée de ce qui lui arrivait. « Je leur ai dit ce qui m’est arrivé, je leur ai donné toutes les informations mais ils n’ont jamais associé mes symptômes à la prise de ciprofloxacine ». Et ce jusqu’à sa visite au chef de service des maladies infectieuses et de microbiologie de la clinique de Navarre (Espagne) où le médecin, ancien de la Mayo Clinique (Etats-Unis), lui a annoncé : « je crois que vous souffrez d’un syndrome toxique lié aux fluoroquinolones ». Une errance médicale qui semble loin d’être un cas isolé au vu des autres témoignages de patients.

J’ai perdu la capacité de fonctionner normalement. Je vis comme avec une gueule de bois sans fin  Bettan Arguinzoniz

Les conclusions de l’audition

Globalement, il ressort de l’ensemble des témoignages que :

– les symptômes changent la vie des patients et sont multiples ;

– que les patients ne reçoivent pas d’informations sur les risques ;

– que les professionnels de santé ne sont généralement pas au courant de l’éventail des symptômes possibles et de leur sévérité, excepté pour ceux touchant le talon d’Achille.

 

Les recommandations, suite à l’audition, sont les suivantes :

-restreindre l’utilisation des quinolones et des fluoroquinolones aux situations où il n’existe pas d’alternatives ;

-améliorer la formation des professionnels de santé ;

-améliorer la prise en charge des effets secondaires des patients (en prenant en compte le large éventail de symptômes) ;

-améliorer la communication sur la toxicité des quinolones et fluoroquinolones et sur les possibles facteurs de risque et ajouter plus d’informations sur la notice ;

-encourager la recherche pour comprendre les mécanismes qui induisent les effets indésirables, et en particulier la recherche génétique ;

-rechercher comment certains aliments affectent les symptômes des patients, en particulier la viande traitée par des quinolones ou des fluoroquinolones.

 

 

Suite à ces conclusions, l’EMA va établir des recommandations écrites et les soumettre à la Commission Européenne qui adoptera une position commune pour l’ensemble des Etats membres de l’UE.

Fluroquinolones : la FDA renforce les avertissements sur les EI neuro-psychiatriques et les hypoglycémies

Le 10 juillet, la Food and Drug Administration (FDA) a demandé à ce que toutes les notices des antibiotiques à base de fluoroquinolones soient changées pour renforcer les avertissements sur les effets secondaires neuro-psychiatriques et les perturbations de l’équilibre glycémique[2].

Les EI neuro-psychiatriques qui devront figurer sur les nouvelles notices sont : les perturbations de l’attention, la désorientation, l’agitation, la nervosité, les pertes de mémoire et le délire. Ils devront figurer séparément des autres effets sur le système nerveux central.

Concernant les perturbations de la glycémie, la FDA souhaite que désormais, il soit clairement stipulé qu’il existe un risque de coma hypoglycémique.

Ces changements succèdent à ceux adoptés en 2008 concernant le risque accru de tendinites et de rupture du talon d’Achille ; en 2011 : aggravation de la myasthénie ; en 2013 : neuropathies périphériques irréversibles et en 2016 : autres effets handicapants et possiblement permanents au niveau des tendons, des muscles, des articulations, des nerfs et du système nerveux central.

« Parce que les risques d’effets secondaires sévères dépassent généralement les bénéfices pour les patients souffrant de sinusites bactériennes aigues, d’exacerbations bactériennes aigues de la bronchite chronique et d’infections urinaires non compliquées », la FDA précise que dans ces cas précis, les fluoroquinolones devraient utilisées seulement s’il n’existe pas d’alternatives thérapeutiques.

 

 

 

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