Bêta-bloquants et diabète

Bêtabloquants : faut-il arrêter de les prescrire aux diabétiques ?

Marine Cygler, Miriam E Tucker, pour MEDSCAPE

Une nouvelle étude japonaise suggère une augmentation de la mortalité des patients diabétiques sous bêtabloquants, en particulier de ceux qui souffrent d’une maladie coronarienne. Ses résultats qui s’appuient sur les données de la grande étude américaine NHANES (The National Health and Nutrition Examination Survey), collectées entre 1999 et 2010, viennent d’être publiés dans les Mayo Clinic Proceedings.

Le Dr Tetsuro Tsujimoto (Tokyo, Japon) et ses collègues ont montré que parmi les 2840 participants diabétiques de NHANES, la mortalité toutes causes à cinq à six ans augmente significativement parmi ceux qui prennent des bêtabloquants, et que cette tendance est encore plus prononcée chez les coronariens.

En revanche, la mortalité toutes causes est significativement abaissée parmi les 14 684 participants non-diabétiques souffrant d’une maladie coronarienne (MC) sous bêtabloquants.

Parmi les participants diabétiques, la mortalité toutes causes à cinq à six ans augmente significativement parmi ceux qui prennent des bêtabloquants.

Pas de réelles preuves d’un effet cardioprotecteur dans de nombreuses indications

On sait que les bêtabloquants améliorent la survie après un infarctus du myocarde (IDM) et en cas d’insuffisance cardiaque congestive (ICC) due à une dysfonction ventriculaire gauche. « Mais une augmentation de la survie grâce aux bêtabloquants n’a jamais été démontrée chez les autres patients souffrant d’une insuffisance cardiaque stable en absence d’infarctus du myocarde ou d’une insuffisance cardiaque avec dysfonction systolique. De plus, l’efficacité des bêtabloquants reste inconnue pour les patients diabétiques avec une maladie coronarienne ou une insuffisance cardiaque congestive » notent Tsujimoto et ses collègues.

« Malheureusement, avec le dogme de la cardioprotection… les preuves issues d’essais post-IDM ont été extrapolées sans réserve à d’autres indications, telles que l’hypertension, le diabète, l’insuffisance rénale chronique et même les maladies cérébrovasculaires. Malgré le manque de preuve, le marketing sur l’effet cardioprotecteur des bêtabloquants a été couronné de succès, et beaucoup de ces indications, mal-documentées, restent quand même dans la tête des cliniciens », écrivent-ils.

Les auteurs soulignent que la plupart des études disponibles sur les bénéfices des bêtabloquants ont été réalisées il y a des décennies, avant l’arrivée de la reperfusion et des médicaments comme les nouveaux anticoagulants oraux, la nouvelle classe de molécules hypolipémiantes et les inhibiteurs du système rénine angiotensine.

« Ces médicaments ont significativement réduit les risques chez les patients post-IDM, ce qui en conséquence a rendu plus difficile de documenter les bénéfices des bêtabloquants » expliquent les éditorialistes.

Chez les patients diabétiques, l’augmentation des hypoglycémies et la prise de poids liées à la prise de bêtabloquants pourraient contribuer aux résultats défavorables. La possible augmentation de la pression artérielle centrale due aux bêtabloquants pourrait être également plus prononcée chez ces patients.

 

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